Présentation du GDR Ecologie chimique

CNRS INEE (Institut Ecologie et Environnement) SECTION 29

RESPONSABLE :
MARTINE HOSSAERT-MCKEY, DR CEFE, UMR 5175, MONTPELLIER

RESPONSABLE ADJOINTE :
ANNE GENEVIEVE BAGNERES, DR IRBI, UMR 6035, TOURS

 


RESPONSABLES DE THEMATIQUE :

M. Hossaert-McKey / M. Giberneau (Médiateurs chimiques et mutualismes )
A.G. Bagnères / J. Orivel (Médiateurs chimiques et insectes sociaux )
A.M. Cortesero / J.C. Caissard (Ecologie fonctionnelle de la médiation chimique )
M. Renou (Ecologie sensorielle de la médiation chimique )
F. Bonadonna / B. Schaal
(Communication chimique chez les Vertébrés )




Qu'est-ce que l'écologie chimique ?

L'écologie chimique est l'étude du rôle des composés chimiques dans la médiation des interactions biotiques. Les interactions entre organismes, aux niveaux intra et interspécifiques, se déroulent dans un monde où des molécules organiques dominent comme signaux et comme défenses. L'écologie chimique se trouve donc au cœur des questions fondamentales en biologie évolutive et en écologie fonctionnelle sur le fonctionnement des écosystèmes et sur l'origine et le maintien de la biodiversité.

L'écologie chimique est un domaine en plein essor. Son développement est stimulé par des avancées dans les deux disciplines dont elle est issue. En premier lieu, la chimie analytique a connu des innovations techniques extraordinaires, permettant de séparer des mélanges complexes pour isoler et identifier les composés individuels, souvent à partir de quantités infimes (Eisner & Meinwald, 1995). Cette augmentation de la sensibilité des analyses est particulièrement importante du fait des très faibles concentrations des molécules actives en écologie chimique. Deuxièmement, des avancées conceptuelles en écologie évolutive et en écologie comportementale ont mis à jour de nouvelles questions sur la médiation chimique. Ces progrès conceptuels portent sur des thèmes tels que l'évolution de la socialité (Bourke et Franks, 1995), la dynamique de la coévolution (Spencer, 1988), le lien entre spécialisation écologique et spéciation (Schulter, 1998) ; et l'évolution de la coopération, du mutualisme, et de la tricherie dans la nature (Axelrod & Hamilton, 1981). Plus récemment, les progrès de la génomique ont ouvert la voie à des études visant à identifier le déterminisme génétique et développemental de la production et de la réception de signaux (Mitchell-Olds et al., 1998), permettant de mieux comprendre les contraintes conditionnant l'évolution de la médiation chimique. La compréhension de la mise en place de l'incroyable diversité de la médiation chimique devient ainsi envisageable en croisant pressions de sélection et contraintes fonctionnelles.

L'immense capacité d'analyse fournie par les innovations techniques a favorisé l'accumulation de données remarquables dans leur détail et leur précision. Pour de nombreux modèles d'étude, la description du système a ainsi devancé le développement des questions biologiques. Pour l'avenir, l'enjeu est d'intégrer la phase initiale plutôt descriptive avec une analyse des mécanismes évolutifs, en passant d'une approche centrée plutôt sur des individus vers une approche populationnelle (Vet, 1999). En combinant l'approche expérimentale, classique dans ce domaine, avec des approches de modélisation, de génétique de populations, de génomique, et d'analyse comparée avec l'appui de la phylogénie moléculaire, l'écologie chimique peut devenir une pièce maîtresse d'une biologie intégrative des interactions biotiques.

 

Pourquoi un GDR en Ecologie Chimique ?

L'écologie chimique en France s'est tout d'abord développée dans des laboratoires isolés à l'INRA (en 1975, création du laboratoire sur des médiateurs chimiques, C. Descoins) et au CNRS (en 1976, IBEAS Tours et travaux sur l'écologie chimique de la teigne du Poireau, E. Thibout et J. Auger). Au niveau International, en 1984, Jean Luc Clément a participé à la fondation de l'International Society of Chemical Ecology à Austin au Texas. Il est un des responsables thématiques de ce GDR. Anne-Geneviève Bagnères est concillor de la Société. Depuis 20 ans, l'ISCE organise un congrès tous les ans et assure la publication de la revue d'Ecologie Chimique, revue de référence dans le domaine.

Plus récemment, l'écologie chimique en France a cherché à se fédérer en groupe de recherche comme le pôle méditerranéen d'écologie chimique regroupant les chercheurs de Montpellier, Toulouse et Marseille. De plus, lors du Colloque International d'Ecologie Chimique organisé en 1999 à Marseille, il est clairement apparu que l'écologie chimique était bien représentée en France mais dans des Instituts divers avec un déficit de mise en commun des savoir-faire aussi bien techniques que conceptuels. L'objectif du GDR en Ecologie chimique est de fédérer ces différentes unités en un réseau structuré de compétences diversifiées et d'approches complémentaires. Une des missions principales de ce regroupement sera de faciliter la pluridisciplinarité des approches : écologie chimique vue à travers l'écologie évolutive, l'écologie sensorielle, l'écologie comportementale, la génétique des populations et la post-génomique. Outre les apports méthodologiques, cette pluridisciplinarité permettra de promouvoir la qualité et l'originalité des recherches en écologie chimique en France à travers une vision intégrée de son rôle. Parmi les autres objectifs de ce GDR nous pouvons aussi citer :
- favoriser les échanges inter-équipes en soutenant des programmes de recherches communs
- favoriser les échanges d'étudiants en association avec les écoles doctorales (transfert de savoir-faire et de culture scientifique)
- mettre en commun des méthodologies
- organiser des réunions annuelles d'écologie chimique avec la participation d'experts internationaux dont l'objectif essentiel sera de promouvoir des discussions sur des thématiques particulières et la présentation de travaux d'étudiants en thèse
- organiser des ateliers thématiques
- soutenir la participation aux colloques internationaux notamment pour les étudiants
- participer aux enseignements dans les masters de biologie des populations, ou dans ceux plus spécialisés comme celui de biophotonique de la cellule et des systèmes intégrés (Université de St Etienne).

 

Les grands thèmes scientifiques

Les apports respectifs des différentes expertises regroupées dans ce GDR sont orientés autour de 5 thèmes fédérateurs complémentaires qui seront développés sur les modèles propres à chaque groupe ou sur des modèles biologiques communs. De plus, le GDR se propose d'interagir ponctuellement avec d'autres réseaux existant : le GDR d'Ecologie comportementale, le réseau 'Plantes-Arthropodes' et le réseau 'Interactions durables'.

 

Les 5 thèmes que nous proposons de développer sont les suivants :

1. Médiateurs chimiques et mutualismes
2. Médiateurs chimiques et insectes sociaux
3. Ecologie fonctionnelle de la médiation chimique
4. Ecologie sensoriel de la médiation chimique
5. Communication chimique chez les vertébrés

 

Références citées

- Axelrod R., Hamilton W.D. 1981. The evolution of cooperation. Science. 211, 1390-1396. Bourke, A. F. G., N. R. Franks. 1995. Social evolution in ants. Princeton, N.J., Princeton University Press.
- Eisner T, Meinwald J. 1995. Chemical Ecology. Proceedings of the National Academy of Sciences USA, 92, 1.
Mitchell-Olds T., Gershenzon J., Baldwin I.T., Boland W. 1998. Chemical ecology in the molecular era. Trends in Plant Science, 9, 362-365.
- Schluter D. 1998. Ecological causes of speciation. In "Endless Forms - Species and Speciation" (D.J. Howard and S.H. Berlocher, eds). Oxford University Press, New York. Pp 114-129.
- Spencer K.C. 1988. Chemical mediation of coevolution. Academic Press, San Diego, California. Vet L.E.M. 1999. From chemical to population ecology : infochemical use in an evolutionary context. Journal of Chemical Ecology, 25, 31-49.

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